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Gharb/Agrumes : Le plan régional compromis?


.Les producteurs tirent la sonnette d’alarme · Ils pointent les incohérences de la gestion de l’eau

Le Gharb va-t-il renouer avec sa réputation de berceau de l’agrumiculture nationale? A en juger par les objectifs du Plan agricole régional (PAR), la filière est promise à un essor certain. De par aussi l’importance des projets ciblés par l’agri-partenariat et l’arrivée dans la région de nouveaux acteurs rompus aux divers métiers de la filière, notamment la production, le conditionnement et l’exportation. Seulement, cette même élite d’opérateurs appelle déjà à repenser «la stratégie arrêtée pour le secteur agrumicole dans la région». La raison, l’existence de nombreuses contraintes qui risquent de compromettre à terme les objectifs du contrat-programme liant les professionnels à l’Etat. Le constat a été dressé mardi dernier à Kénitra lors d’une journée d’étude organisée par la Chambre régionale de l’agriculture en collaboration avec l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc. Le bilan révèle, ainsi, les cohérences qui existent entre le discours et la situation vécue réellement par le secteur.
D’emblée, le discours véhiculé insiste sur les atouts indéniables que recèle la région en termes de qualité des sols et surtout de l’importance des ressources hydriques. Seulement, les plantations agrumicoles existantes en manquent cruellement. C’est le cas des zones de Sidi Slimane et Sidi Kacem qui concentrent actuellement l’essentiel du verger régional et que le PAR vise à rajeunir. La première zone est irriguée à partir du barrage El Kansara dont l’envasement a atteint une cote critique. Du coup, un déficit hydrique chronique est enregistré annuellement. Alors que la zone de Sidi Kacem profite peu des équipements liés au même barrage. Résultat, cette zone ne reçoit pratiquement pas d’eau. Selon les professionnels, la solution réside dans le transfert, par canalisations, des eaux des autres secteurs excédentaires moyennant bien évidemment les équipements nécessaires pour permettre l’installation de l’irrigation localisée. Actuellement, c’est le système gravitaire qui prédomine. Avec à la clé des coûts exorbitants en termes d’énergie et d’énormes gaspillages de la ressource.
Or, en attendant la réalisation des infrastructures nécessaires dont les délais peuvent s’avérer assez longs, il s’agit de parer au plus urgent. «A commencer par la sauvegarde de l’existant et le lancement des opérations de renouvellement des plantations», souligne un producteur. Car, faut-il le signaler, le tiers de ces plantations est âgé de plus de 35 ans. Dans les deux cas de figure, le manque d’eau est un handicap majeur à l’investissement. Une situation jugée paradoxale par les professionnels dans la mesure où la région du Gharb est dotée d’un potentiel hydrique important et compte parmi les périmètres les plus arrosés au Maroc. Pour preuve, la région a subi d’énormes dégâts pour la 2e année consécutive, à cause justement de l’abondance des pluies. «Pourquoi alors ne pas autoriser le creusement de forages?», s’interroge un producteur. Apparement, rien n’y s’oppose. Mais la démarche auprès de l’Agence du bassin hydraulique du Sebou est assimilée au parcours du combattant. «D’abord, il faut une demande de forage appuyée par un dossier volumineux. On peut obtenir l’autorisation mais au bout de 2 ans au moins», soutiennent des agriculteurs. Ensuite, il faut demander une autorisation d’exploitation du puits dont la suite n’est pas nécessairement favorable. Comment peut-on justifier cette procédure si complexe et bien lourde à la fois? «L’Agence n’est-elle pas au fait de la nouvelle stratégie agrumicole, consignée de surcroît dans un contrat-programme passé avec le gouvernement, s’indigne un producteur de Sidi Slimane. Si bien que cette stratégie a écarté de facto les opérations d’extension des plantations dans les périmètres jugés déficitaires en ressources hydriques. Mieux encore, on prévoit même une réduction des superficies dédiées aux agrumes dans la région du Souss où le stress hydrique a atteint une cote alarmante. Quant au Gharb, il s’adjuge la part du lion dans la nouvelle stratégie agrumicole nationale. Sur les 50.000 ha de nouvelles plantations, la région en concentre 17.730 dont près de 10.000 ha au titre d’extension des superficies. Mais là aussi il va falloir résorber le décalage qui existe entre les superficies dominées par le barrage Al Wahda et celles effectivement équipées.
Le projet arrêté par l’Office de mise en valeur agricole cible une superficie de 87.500 ha selon trois tranches. Mais pour le moment, l’ensemble du projet est encore au stade des études dont une partie sera bouclée d’ici la fin de l’année. Ainsi, le contrat-programme risque d’enregistrer du retard dans la région où la filière dispose d’atouts avérés mais jusque-là, annihilés de sérieuses contraintes. Notamment, le vieillissement des arbres, le déficit d’encadrement et l’inadaptation du profil variétal aux exigences des marchés extérieurs. Pour inverser la donne, il est prévu de rajeunir et de porter la superficie des plantations à 39.500 ha à l’horizon 2013 contre 16.200 actuellement. Ceci, avec de nouvelles variétés adaptées aux conditions du commerce international. De sorte qu’à l’horizon 2020, il est prévu d’atteindre une production de près de 1,4 million de tonnes. Ce qui permettrait de dégager une part exportable estimée à 900.000 tonnes contre 33.000 actuellement. Avec à la clé une valeur ajoutée d’environ 6,5 milliards de DH. Objectifs, réalisables, estime la profession. Mais encore faut-il, outre le problème de l’eau, s’atteler à d’autres facteurs qui risquent de compromettre l’avenir de la filière dans sa globalité. Et, le spectre de la Tristéza, véritable «sida» des agrumes vient en tête. Or, le matériel végétal utilisé pour le rajeunissement et l’extension est issu à raison de 90% du porte-greffe hautement sensible à la maladie, le bigaradier en l’occurrence. Plus grave encore, de nouvelles variétés issues d’un autre porte-greffe, (macrophila) aussi sensible à la maladie sont mises en vente sur le marché national.

Grave menace
Comme nous l’annoncions dans une précédente édition, le «sida» des agrumes est bien présent au Maroc( cf. www.leconomiste.com). Le foyer a été identifié et confirmé dans la région de Larache. Environ 120 ha ont été infestés par la maladie virale dénommée Tristéza . Ce qui aggrave la menace, c’est la présence aux portes du Maroc du vecteur de transmission de la maladie. Il s’agit du puceron «Toxopera citricdae» et qui a été détecté au Portugal (Iles Madères) et au nord d’Espagne. La profession a saisi la tutelle pour éradiquer le foyer.
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