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Quand le Gharb était le grenier de Rome

Publié le : 03.06.2002

En effet, Thamusida révèle une ville très différente des autres sites romains qu'on peut visiter au Maroc, tel Volubilis.
Les fouilles effectuées sur les lieux par des archéologues marocains et italiens ont révélé qu'à Thamusida, il n'y avait ni marbres, ni mosaïques, ni peintures. Même les inscriptions y étaient rares.
Les objets découverts sur le site sont ceux qui avaient servi à la vie quotidienne des anciens habitants.
M. Emanuele Papi, professeur à l'université italienne de Sienne, a tenu à préciser, lors d'une table-ronde organisée dernièrement à l'institut italien de la culture sur les résultats des recherches menées par des archéologues marocains et italiens sur ce site et dans la région du Rif, a fait remarquer que les casernes, les entrepôts, les boutiques du port et les ateliers à Thamusida rappelaient que la cite avait plutôt une vocation agricole, la production de biens et le contrôle militaire des tribus berbères de la plaine du Gharb.
Ces découvertes ont révélé que la géographie de la ville romaine est semblable à celle d'autres villes du Maroc antique:
Édifiées le long d'un Oued Navigable (dans le cas de Thamusida, le Sebou, ou sububus selon les Romains qui le définissaient comme étant «magnificus et navigabilis» (magnifique et navigable), à quelques kilomètres de la mer, et sur un plateau naturellement fortifié et protégé contre les crues.
Les études effectuées sur le site indiquent que le camp militaire fut considéré comme le centre idéal, à partir duquel se développèrent les différents quartiers de la ville qui comptaient deux secteurs destinés à l'activité commerciale. Le premier est au sud de la ville, où les archéologues ont déterré des restes et des objets en métal, ce qui laisse supposer que ce lieu servait d'emplacement à des forges.
Le quartier, dit du fleuve, était dominé par un grand bâtiment. Selon le professeur Papi, il s'agirait du grenier pour stocker le blé qui était envoyé chaque année à Rome pour des distributions gratuites à la plèbe de la capitale. Construit sous la dynastie des Severes au début du IIIème siècle après J.C, le bâtiment était divisé en trois nefs d'une superficie de 1000 mètres carrés.

Traces d'ateliers

Dans la périphérie de la ville, les recherches ont révélé les traces d'ateliers de production de la pourpre ainsi que de produits alimentaires.
Les premières mentions des ruines de Thamusida - actuellement Sidi Ali Ben Ahmed, le saint guerrier enterré dans la tombe monumentale près d'un tumulus pré-romain de la zone (le tombeau et ses environs est aujourd'hui l'objet de vénération surtout féminine, où des femmes de la campagne viennent accrocher des morceaux d'étoffe sur les arbres) - remontent au XVe siècle quand des navigateurs portugais avaient signalé l'endroit comme «Alcacer pharaoun» (le palais du pharaon).
Les Portugais et par la suite les Espagnols utilisèrent les pierres anciennes de Thamusida comme s'il s'agissait d'une carrière, pour la construction de la Kasba de Mehdya à l'embouchure du Sebou, quelques kilomètres plus en aval.
Les premiers archéologues qui ont investi le site sont arrivés avec les colons français, d'autres suivront de 1959 à 1962.
Toutefois, les fouilles sérieuses n'ont démarré qu'en 1998 quand une équipe de l'université de Sienne, dirigée par M. Emmanuelle, en association avec l'Institut national des sciences de l'archéologie et du patrimoine de Rabat (INSAP), représenté par le professeur Aomar Akerraz, y ont entrepris des explorations et des prospections géophysiques.
Trois enseignements d'une grande valeur historique se sont dégagés au fil des découvertes. Tout d'abord, il semble que la cité, peuplée de berbères autochtones, ait été occupée par les conquérants un siècle après J.C, et se soit développée autour de leur casernement. Sa principale fonction était de contrôler la production de blé et de l'envoyer à Rome par voie fluviale, puis maritime.
Autre renseignement de taille est que les Romains n'ont pas séparé leurs constructions de celles des autochtones par un mur, comme c'était le cas, par exemple, dans d'autres cités romaines.
Le troisième enseignement a permis de comprendre une autre raison présidant à la construction de Thamusida en plus de la production de blé et de la pourpre : l'approvisionnement des bêtes pour le spectacle des amphithéâtres dans les villes de l'empire romain.

Retrait de l'armée

L'histoire de Thamusida romaine s'achève avec le retrait de l'armée vers la fin du IIIème siècle quand la cite a été précipitamment évacuée ce qui soulève de nombreuses interrogations à ce sujet.
Dans une récente déclaration à un hebdomadaire international, M. Akerraz a avancé à ce sujet deux approches: soit les berbères ont chassé les Romains, soit la garnison a dû plier bagage précipitamment, pour remonter à Rome secourir un régime en difficulté, auquel cas la population, ne se sentant plus protégée, a aussitôt déserté la ville. Je privilégie personnellement la seconde hypothèse, a-t-il dit.
En tout état de cause, Thamusida ne fut vraiment abandonnée qu'à la suite de la conquête islamique à partir du VIIIème siècle, parce que les nouveaux habitants choisirent de vivre dans les douars hors de l'ancienne ville.


Par Mohamed Badraoui de la MAP | LE MATIN

Bien qu'incomplètement déterrée, Thamusida, cité romaine datant du premier siècle après J.C, située au bord du Sebou près de Kénitra (près de 50 km au nord de Rabat), livre peu à peu ses secrets.
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