UNE OPINION SUR MOÛLAY BOÛ SELHÂM
Un an avant sa mort, au mois d'août 1905, Georges Salmon, le regretté chef de la Mission scientifique, faisait paraître dans les Archives Marocaines la traduction des Manâqib, que nous avions trouvés manuscrits à El Qçar et qui contenaient toute la légende de cet énigmatique personnage connu sous le nom de Chaikh Moûlay Boû Selhâm. Son tombeau, qui se trouve au sud de AL 'Arâîch (LARCHE) entre la Merdja Az Zerqa (la lagune bleue) et l'Océan, est un des endroits de pèlerinage les plus fréquentés et les plus réputés du Gharb et de toute la région, entre Tanger et Rabat.
D'après les Manâqib, ce personnage s'appellerait de son vrai nom Aboû Sa'îd Al Maçry (l'Égyptien).
En terminant sa traduction, Salmon ajoutait: « Un rapprochement s'impose entre les « Ridjâl Ach « Chams » de Chemmich et les « Ridjâl Ach Charq » « de la Qal'at Al Gorfetya; Ibn Rahmoûn nous a montré « les seconds comme des descendants d'Idrîs, qui, fuyant « l'usurpateur ibn Abîl 'Afya, s'étaient installés en pionniers dans une forêt vierge des Benî Gorfet. Ils en avaient chassé les fêtes fauves et y avaient construit des habitations, puis étaient morts frappés de la peste. A travers ses allusions mystiques et ses réminiscences de l'antiquité fabuleuse, le petit roman de « Moûlay Boû Selhâm nous laisse entrevoir l'existence de tout un cycle de légendes historiques, véritable épopée chérifienne des Idrisites qui, persécutés et déchus du pouvoir temporel, sont devenus les apôtres des régions sauvages du Nord.
Quelques mois plus tard, en janvier 1906, nous publions en collaboration, Salmon et moi, dans « Les Tribus arabes de la vallée du Lekkoûs » 2, une description de
Moûlay Boû Selhâm et de son pèlerinage « Originaire d'Égypte, disions-nous, d'où son surnom « Al Maçry, l'Égyptien, Aboû Sa'îd se serait signalé très jeune par des miracles et aurait quitté son pays natal à la suite d'une aventure fâcheuse avec le Sultan de son époque. Parti dans la direction du couchant avec l'idée fixe d'atteindre la « Petite Porte » Bâb eç Cer'ir, ermitage où était enterré Joseph, fils d'Aristote, et qui lui était indiqué comme le rendez-vous des Sages, il aurait mené une vie errante et misérable à travers l'Afrique du Nord, s'arrêtant d'abord à Tunis, puis repartant avec son compagnon 'Abd AI Djalîl At Tayyâr qu'il devait laisser malade en Maçmouda jusqu'à ce qu'il eût atteint les ruines de Tchemmich, « temple « du soleil », Al 'Arâîch où il aurait rencontré le Chaikh « Al Azraq « aux yeux bleus », puis At Tayyâr lui-même, en train de pêcher dans la mer. Il aurait été enseveli, avec ses deux compagnons, sur lé bord de la Merdja ^ Az Zerqa^. Il est bien difficile de discerner ce qu'il y a de vrai u dans cette légende peut-être est-elle sortie tout entière de l'imagination populaire, si l'on en croit Sîdy Mouhammad ben Dja'far Al Kittâni Al Fâsy dans son ouvrage « intitulé Salouat Al Anfas sur les tombeaux des saints « de Fès. « D'après cet auteur, toutes les légendes conservées « par les traditions populaires sur Moûlay Boû Selhâm ne seraient que des contes sans aucun fondement et le vrai nom du saint aurait été Ahmed ben 'Abdallah ben Solaîmân, chérîf hassany. Il est à remarquer que nos « Manûqib le donnent aussi comme chérif hassany et appellent son père 'Abdallah ben 'AliAl 'Acy. Al Hadjdjâdj ben Yoûsouf ben Yahya At Tadly, dit Ibn Az Zayyât dans un ouvrage sur le Tessâouf, dit que Moûlay Boû Selhâm s'appelait de son vrai nom 'Abdallâh ben Ahmed ben Nâcir ben Solaîmân et qu'il était chérîf hassany.
Dans Ylstiqçâ, As Slaouy An Nâciry nous dit qu'à cette époque, 344 de l'hégire, vivait le Ghaikh Aboû Sa'id Al Maçry, très connu sous le nom d'Aboû Selhâm.
Dans sa Mirât Al Mahâsin, Aboû 'Abdallâh Mouhammad Al 'Arby AI Fâsy nous apprend que sur son tombeau se trouvait une planche dorée portant cette inscription « Voici les trois tombeaux» parmi lesquels le Dieu Très- Haut a caché celui d'Aboû Sa'îd dit Aboû Selhâm, dont le décès eut lieu un peu après l'année 340 », et il ajoute « Ensuite les Chrétiens descendirent là une fois; ils enle-
vèrent la planche et l'emportèrent. » II dit encore « Le surplus de l'année 340 était indiqué sur la planche, mais je l'ai oublié. Dans tous les cas, c'était un chiffre qui ne dépassait pas le nombre sept. »
Il semble donc établi que Moûlay Boû Selhâm mourut vers l'an 340 de l'hégire.
1. Archives Marocaines, IV, p. 421.
2. Archives Marocaines, VI, p. 358.
Archives marocaines. Publication de la Mission scientifique du Maroc [de la Direction ["puis" générale] des affaires indigènes. Section sociologique ; de la Direction des affaires politiques. Section des affaires islamiques]
Auteur : Mission scientifique du Maroc
ANNEE 1908 (VOL15)
Un an avant sa mort, au mois d'août 1905, Georges Salmon, le regretté chef de la Mission scientifique, faisait paraître dans les Archives Marocaines la traduction des Manâqib, que nous avions trouvés manuscrits à El Qçar et qui contenaient toute la légende de cet énigmatique personnage connu sous le nom de Chaikh Moûlay Boû Selhâm. Son tombeau, qui se trouve au sud de AL 'Arâîch (LARCHE) entre la Merdja Az Zerqa (la lagune bleue) et l'Océan, est un des endroits de pèlerinage les plus fréquentés et les plus réputés du Gharb et de toute la région, entre Tanger et Rabat.
D'après les Manâqib, ce personnage s'appellerait de son vrai nom Aboû Sa'îd Al Maçry (l'Égyptien).
En terminant sa traduction, Salmon ajoutait: « Un rapprochement s'impose entre les « Ridjâl Ach « Chams » de Chemmich et les « Ridjâl Ach Charq » « de la Qal'at Al Gorfetya; Ibn Rahmoûn nous a montré « les seconds comme des descendants d'Idrîs, qui, fuyant « l'usurpateur ibn Abîl 'Afya, s'étaient installés en pionniers dans une forêt vierge des Benî Gorfet. Ils en avaient chassé les fêtes fauves et y avaient construit des habitations, puis étaient morts frappés de la peste. A travers ses allusions mystiques et ses réminiscences de l'antiquité fabuleuse, le petit roman de « Moûlay Boû Selhâm nous laisse entrevoir l'existence de tout un cycle de légendes historiques, véritable épopée chérifienne des Idrisites qui, persécutés et déchus du pouvoir temporel, sont devenus les apôtres des régions sauvages du Nord.
Quelques mois plus tard, en janvier 1906, nous publions en collaboration, Salmon et moi, dans « Les Tribus arabes de la vallée du Lekkoûs » 2, une description de
Moûlay Boû Selhâm et de son pèlerinage « Originaire d'Égypte, disions-nous, d'où son surnom « Al Maçry, l'Égyptien, Aboû Sa'îd se serait signalé très jeune par des miracles et aurait quitté son pays natal à la suite d'une aventure fâcheuse avec le Sultan de son époque. Parti dans la direction du couchant avec l'idée fixe d'atteindre la « Petite Porte » Bâb eç Cer'ir, ermitage où était enterré Joseph, fils d'Aristote, et qui lui était indiqué comme le rendez-vous des Sages, il aurait mené une vie errante et misérable à travers l'Afrique du Nord, s'arrêtant d'abord à Tunis, puis repartant avec son compagnon 'Abd AI Djalîl At Tayyâr qu'il devait laisser malade en Maçmouda jusqu'à ce qu'il eût atteint les ruines de Tchemmich, « temple « du soleil », Al 'Arâîch où il aurait rencontré le Chaikh « Al Azraq « aux yeux bleus », puis At Tayyâr lui-même, en train de pêcher dans la mer. Il aurait été enseveli, avec ses deux compagnons, sur lé bord de la Merdja ^ Az Zerqa^. Il est bien difficile de discerner ce qu'il y a de vrai u dans cette légende peut-être est-elle sortie tout entière de l'imagination populaire, si l'on en croit Sîdy Mouhammad ben Dja'far Al Kittâni Al Fâsy dans son ouvrage « intitulé Salouat Al Anfas sur les tombeaux des saints « de Fès. « D'après cet auteur, toutes les légendes conservées « par les traditions populaires sur Moûlay Boû Selhâm ne seraient que des contes sans aucun fondement et le vrai nom du saint aurait été Ahmed ben 'Abdallah ben Solaîmân, chérîf hassany. Il est à remarquer que nos « Manûqib le donnent aussi comme chérif hassany et appellent son père 'Abdallah ben 'AliAl 'Acy. Al Hadjdjâdj ben Yoûsouf ben Yahya At Tadly, dit Ibn Az Zayyât dans un ouvrage sur le Tessâouf, dit que Moûlay Boû Selhâm s'appelait de son vrai nom 'Abdallâh ben Ahmed ben Nâcir ben Solaîmân et qu'il était chérîf hassany.
Dans Ylstiqçâ, As Slaouy An Nâciry nous dit qu'à cette époque, 344 de l'hégire, vivait le Ghaikh Aboû Sa'id Al Maçry, très connu sous le nom d'Aboû Selhâm.
Dans sa Mirât Al Mahâsin, Aboû 'Abdallâh Mouhammad Al 'Arby AI Fâsy nous apprend que sur son tombeau se trouvait une planche dorée portant cette inscription « Voici les trois tombeaux» parmi lesquels le Dieu Très- Haut a caché celui d'Aboû Sa'îd dit Aboû Selhâm, dont le décès eut lieu un peu après l'année 340 », et il ajoute « Ensuite les Chrétiens descendirent là une fois; ils enle-
vèrent la planche et l'emportèrent. » II dit encore « Le surplus de l'année 340 était indiqué sur la planche, mais je l'ai oublié. Dans tous les cas, c'était un chiffre qui ne dépassait pas le nombre sept. »
Il semble donc établi que Moûlay Boû Selhâm mourut vers l'an 340 de l'hégire.
1. Archives Marocaines, IV, p. 421.
2. Archives Marocaines, VI, p. 358.
Archives marocaines. Publication de la Mission scientifique du Maroc [de la Direction ["puis" générale] des affaires indigènes. Section sociologique ; de la Direction des affaires politiques. Section des affaires islamiques]
Auteur : Mission scientifique du Maroc
ANNEE 1908 (VOL15)
Aucun commentaire :
Enregistrer un commentaire