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Portrait de Mehdi Salmi, Scénariste-réalisateur marocain

Le film "Cicatrices" du réalisateur Mehdi Salmi a remporté, samedi soir, le Prix de la ville de la 4ème édition du Festival de Sebou du court-métrage de Kénitra
« Quel est la différence entre Dieu et un réalisateur de cinéma ? Dieu ne prétend pas être un réalisateur de cinéma »
Piercing à l’arcade, coupe afro, silhouette frêle mais visage joviale, rien ne permet de deviner de l’extérieur le bouillonnement dans la tête de Mehdi Salmi. Difficile pourtant de ne pas lire en lui à travers ses films « Un ticket pour le paradis » et « Cicatrices ». Deux courts métrages qui ne laissent pas indifférent, avec deux thématiques fortes : l’instrumentalisation de l’Islam et le viol. Et la même idée sous-jacente de manipulation psychologique.
«J’essaye de me libérer par mes films. Sur quoi ferais-je des films si je n’avais plus de problèmes ? Pour l’instant, je ne sais pas faire de comédies ou de films d’amour. C’est pour ça que je ne fais que des thrillers ». Mehdi est un de ces artistes torturés qui, tout en ne trouvant son inspiration que dans leur douleur, n’arrive à exister pleinement qu’à travers son art, que ce soit la réalisation ou l’écriture.
Tiraillé entre la force de l’image et le poids des mots, Mehdi a choisi d’être réalisateur pour toucher le plus de monde possible. Mais comme il ne pouvait se détacher de l’écriture, la double casquette de scénariste-réalisateur s’est imposée à lui. « Je me suis toujours vu écrivain. C’est de mon amour de la lecture que m’est venue l’envie d’écrire. C’est le monde de l’imaginaire dans lequel on est projeté en écrivant qui me plait.» Mais il aime aussi jouer. Il a d’ailleurs du, au dernier moment, remplacer l’acteur prévu pour un rôle dans son premier court-métrage. « J’ai trouvé un confort incroyable dans le fait de jouer. Jouer, réaliser, ou écrire des scénarios, ce n’est finalement que différentes facettes du même métier.»Depuis tout petit, Mehdi baigne dans un environnement culturel atypique, grâce à ses parents, de grands amoureux des arts. De sa différence, l’apprenti cinéaste gardera toujours des stigmates dont il réussira à faire un art, grâce à ses études en gestion de production et en réalisation à l’EICAR de Paris. « Paris m’a permis de me découvrir, de m’accepter, ça m’a sauvé. Je sais maintenant que je ne veux pas être un réalisateur marocain, je suis marocain mais mes films sont universels»
Mehdi a ce quelque chose d’égoïste et de prétentieux qu’ont tous les artistes qui créent pour eux même sans se soucier des autres. «Je refuse de prendre le spectateur pour un idiot. C’est pour ça que je pense que c’est au spectateur de chercher à comprendre mon film, pas à moi de m’adapter à eux» . Tout en voulant quand même laisser sa trace et marquer son époque… « Je cherche à être immortel par mes œuvres, je pense que rien n’arrive pas hasard et si j’ai choisi ce métier là, c’est que j’ai un message à délivrer.»
Mais ses thématiques dérangent et le format du court-métrage est en général mal compris au Maroc. Ce format que l’on dénigre souvent et auquel on n’attribue pas d’emblée le statut de film, permet pourtant bien plus de faire du cinéma d’auteur que le long métrage. « Le court métrage me permet de me chercher, le long métrage c’est pour les autres, c’est moins tourné vers soi-même. » Le tout étant évidemment de trouver le genre de film dans lequel on se sent à l’aise, dans lequel on pense pouvoir s’épanouir professionnellement et accessoirement en vivre. « Je n’ai pas choisi ce métier pour gagner de l’argent, je l’ai choisi par passion… Si je pouvais, je serai un artiste bohême, détaché des réalités matérielles, mais le cinéma n’est pas comme les autres arts. Il faut des moyens, une équipe technique donc on doit faire des concessions. On ne peut pas décider seul, loin du monde, dans un atelier, de la destinée des histoires que l’on veut raconter.»
Et oui, ce n’est pas parce que l’on rêve de se prendre pour Dieu, que l’on y arrive. Si Mehdi essaye d’être immortel par ses œuvres, nous c’est son côté terriblement humain qui nous a séduit…
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