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l’UE se fâche contre Rabbah

9/21/2016

Le chef de la coopération de la délégation de l’UE au Maroc, Philip Mikos, n’est pas content du maire PJD de Kenitra, Abdelaziz Rabbah, par ailleurs ministre de l’Équipement et des Transports, et il le lui a fait savoir. 


Objet du reproche : l’état d’avancement du projet d’électrification durable de la ville, financé par un don européen de 1 million d’euros.
Dans deux courriers, datés du 11 juillet et du 30 août 2016, dont JA s’est procuré copie, Mikos signale au maire que « la plupart des activités prévues n’ont pas été engagées » et qu’un « retard de plus d’un an est déjà à déplorer » alors même qu’un préfinancement a été accordé dès la signature du contrat, fin 2014.  » Il ressort également des échanges et réunions tenues entre l’équipe de la mairie de Kénitra et et la délégation de l’Union européenne (UE) un manque flagrant d’appropriation du projet et des capacités limitées au niveau de la Commune « , signale le diplomate européen dans son courrier du 11 juillet.
Il enjoint à Abdelaziz Rabbah de justifier les dépenses éventuelles déjà engagées, faute de quoi l’UE se réserve le droit de « résilier le contrat et procéder au recouvrement des montants déjà payés ».
Rapport financier illisible
Le 30 août, Philip Mikos est revenu à la charge pour signifier au maire de Kénitra que les documents envoyés par sa commune le 10 août ne sont toujours pas conformes aux modalités de paiement prévus dans le contrat lui demandant de « produire un rapport financier lisible indiquant le total des dépenses effectivement encourues ». En attendant, tout est bloqué.
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Maroc : Kénitra, la zone franche auto qui monte

2/15/2016

La dernière étape de la visite du Medef, le patronat français, au Maroc, les 10 et 11 mars, passait par Kénitra. À 50 km de la capitale marocaine, l’Atlantic Free zone, la zone franche dédiée à l’industrie automobile, est en plein développement dans le sillage de l'arrivée de Peugeot Citroën (PSA) qui, à compter 2019, veut y produire à terme jusqu'à 200 000 véhicules par an.
Quatre ans après son démarrage en septembre 2012, la première zone franche marocaine de Kénitra (une deuxième a été depuis ouverte à Tanger) espère bien augmenter le nombre des usines qu’elle accueille. Pour l’heure, selon les derniers chiffres officiels disponibles, 8 usines qui emploient 6 500 personnes ont été ouvertes. La mise en service de la ligne à grande vitesse Tanger-Kénitra en 2018 et la perspective de la construction d’un port en eaux profondes contribuent à son attractivité. Plus récemment, en 2015, c’est surtout l’annonce de l’installation de PSA Peugeot Citroën dont l’usine doit livrer ses premiers véhicules 2019, qui a relancé les projets d’investissements.

Les travaux de l’extension de l’usine Saint-Gobain engagés en juin 

L’usine Sekurit de Saint-Gobain, le groupe français de production de matériaux de construction, mise en service en 2012, anticipe déjà cette arrivée : « L’installation de PSA a bien sûr pesé dans notre décision de construire une extension », témoigne Philippe Mesureur, le directeur, alors qu’une délégation de patrons français est conduite le long des lignes de production de l’usine, la première a s’être installée dans la zone. L’usine de Saint-Gobain emploie aujourd’hui 105 personnes qui produisent 400 000 pare-brise par an, 380 000 sont livrés à Renault (qui dispose d’une usine à Tanger), 20 000 à l’usine Opel de Saragosse. Si aucun contrat n’est encore évoqué, la proximité de l’usine Peugeot PSA, située 500 mètres de l’Atlantic free zone, place Saint-Gobain Sekurit parmi les partenaires de choix. « Nous sommes les seuls à produire des pare-brise en première monte au Maroc et au Maghreb », poursuit Philippe Mesureur. Les travaux de l’extension commenceront en juin. La mise en service est prévue en janvier 2017. Saint-Gobain y emploiera au total 130 personnes et le site pourra produire plus d’un millions de barre brise par an.

 L’arrivée de PSA fait des émules 

À quelques centaines de mètres un immense chantier de 42 000 m2 : l’usine Kromberg & Schubert, le câbleur allemand est le dernier à avoir choisi de s’installer à Kénitra ainsi qu’il l’a annoncé en 2015. Il a frappé fort avec un investissement prévisionnel de 24 millions d’euros et la création de 2 200 emplois. Toujours dans le métier des fils et câbles électriques destinés à l’industrie automobile, c’est le tunisien Coficab qui a décidé de procéder à la construction d’une extension. « La majorité des unités installées ont planifié une extension, notamment après l’annonce de l’arrivée de Peugeot PSA », témoigne Amine Makhkhoute, chargé de mission au centre régional d’investissements de Kénitra. « Les plus grands équipementiers ont besoin d’une grande masse salariale, la profondeur du bassin d’emploi de Kénitra a cette caractéristique. La situation géographique est importante aussi. » Les sociétés installées en zone franche (qui exportent 70% de leur production) bénéficient d’exemptions et de réductions fiscales les premières années. La présence d’une ligne ferroviaire avec un port sec à l’intérieur de la zone, et le doublement prévu de la route nationale qui amène sur la zone, sont autant d’autres arguments incitatifs pour attirer investisseurs et entrepreneurs. L’énergie, enfin, est également promue par les autorités marocaines pour faire la publicité de la zone. La ferme solaire de 2 mégawatts développée par le marocain Jet Energy fournit 20% des besoins des unités présentes, selon les chiffres de la société. Pour Chakir Bouatia, directeur marketing de Medz (filiale de l’investisseur institutionnel CDG qui développe les parcs d’activités marocains) : « À terme, avec l’installation d’un champ d’éoliennes, l’énergie renouvelable fournie à la production représentera 40% du mix énergétique ».
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Kénitra, un "paradis" fiscal

10/30/2012

Le Tunisien PEC s'installe au Maroc

Le projet de Plastic Electromechanic Company créera 500 emplois à Kenitra. © Groupe PEC
 La nouvelle zone industrielle de Kénitra, au Maroc, va accueillir bientôt l’opérateur tunisien Plastic Electromechanic Company. Celui-ci compte y investir environ 6 millions d'euros pour élargir sa production de pièces auto, destinée entièrement à l’export. L’opérateur tunisien Plastic Electromechanic Company (PEC) va s’installer au Maroc. Basé à la zone industrielle de Hammam-Zriba, près de Tunis, avec une présence marquée en Chine, le tunisien a choisi la zone industrielle de Kénitra, située à quelques kilomètres de la capitale Rabat, pour élargir ses activités. L’opérateur prévoit ainsi, selon des sources marocaines, d’investir près de 70 millions de dirhams (6,2 millions d'euros - 12,7 millions de dinars tunisiens) pour la construction d’une usine spécialisée dans la conception et la fabrication de pièces automobiles. Un projet qui devrait créer quelque 500 emplois. Contrôlé à hauteur de 80% par des capitaux tunisiens, PEC réalise la quasi majorité de son chiffre d’affaires à l’export, notamment en France, en Espagne, en Italie, au Brésil et même aux États-Unis. Si la fabrication pour l'automobile reste sa principale activité, avec une contribution de 39,5% au volume d’affaires, l’opérateur est également présent sur d’autres métiers, comme l’aéronautique, le bâtiment, le médical.

 Kénitra, un "paradis" fiscal 

Le choix de la nouvelle zone franche de Kénitra n’est pas fortuit. Inscrite dans le programme national « Émergence » qui vise la promotion des nouveaux métiers mondiaux du Maroc, la plateforme offre aux entreprises qui veulent s’y installer des avantages conséquents : simplification des procédures douanières, exonération des droits d’enregistrement pour la constitution, exonération de la taxe professionnelle pendant 15 ans et de l’impôt sur les sociétés (IS) pendant 5 ans, réduction du taux de l'IS à 8,75% (contre 30%) pour les 20 exercices suivant… Le statut de zone franche permet aussi aux actionnaires de rapatrier en toute liberté leurs bénéfices et même leurs capitaux. Un véritable paradis fiscal pour les équipementiers automobiles, principale cible des promoteurs de la nouvelle zone. Plusieurs autres projets d'nstallation et y ont été annoncés et il y a quelques semaines, un autre groupe tunisien
 Jeune Afrique Economie 
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Mohamed Khlie : objectif TGV

9/14/2010

Le patron du rail marocain entend être celui par qui le TGV arrivera en Afrique.
Une région qu’il préside désormais au sein de l’Union internationale des chemins
de fer.
En choisissant Mohamed Rabie Khlie pour présider la région Afrique, les dirigeants de l’Union internationale des chemins de fer (UIC) ont promu, le 29 juillet à Tripoli, un ambassadeur inlassable de leur cause. Le fait que l’Office national des chemins de fer (ONCF) marocain soit le premier à lancer un TGV sur le continent (prévu pour 2015) a joué en sa faveur, mais ses qualités de lobbyiste, proche du Français Guillaume Pepy (président de la SNCF) et du Tunisien Mohamed Najib Fitouri (SNCFT), sont aussi à l’origine de son élection. « Son nom s’est imposé naturellement. Il a été plébiscité pour son caractère de battant et ses qualités d’orateur », explique Jean-Pierre Lehman, coordinateur Afrique à l’UIC.
Tangérois, Mohamed Khlie est un pur produit de l’ONCF, où il a effectué toute sa carrière depuis sa sortie en 1987 de l’école d’ingénieurs Mohammadia. « Bosseur, il a vite gravi les échelons. Sitôt entré à l’ONCF, il a passé avec succès le concours d’inspecteur d’exploitation, un poste qui l’a amené à être en contact avec tous les métiers de l’entreprise », indique sa proche collaboratrice Najiba Tarachte. À 47 ans, Mohamed Khlie n’a pas chômé : responsable régional de la zone de Kénitra en 1988, il prend ensuite la direction du secteur commercial en 1996 puis celle de l’exploitation en 1999. « C’est le hasard qui m’a fait entrer dans le rail, explique l’intéressé. En tant qu’ingénieur, j’avais la possibilité de faire mon service civil dans une entreprise publique et j’ai atterri à l’ONCF. Et puis j’ai été happé par l’esprit cheminot… »
Un gestionnaire rigoureux
« Il faisait partie d’une promotion d’ingénieurs embauchés au même moment et appréciés pour leur proximité avec le personnel. Parmi eux, ses deux lieutenants, Mohamed Smouni, directeur infrastructure et circulation, et Ali El Kerram, directeur de la maintenance, l’ont accompagné tout au long de sa carrière », raconte Mohamed Ouhnaoui, de l’Union marocaine des travailleurs, qui l’a côtoyé à ses débuts.
« À son entrée à l’ONCF, il jugeait l’entreprise mal gérée. Jeune ingénieur très croyant, il était surnommé par ses collègues “le fils du fqih” [« maître d’école coranique », au Maroc, NDLR] et prêtait attention aux questions éthiques et sociales. Mais quand il a été promu directeur, il a appliqué sans état d’âme les politiques de rigueur qui, dans les années 1990, ont fait passer le nombre de salariés de 14 000 à 8 000 », regrette le syndicaliste. Mohamed Khlie acquiert une réputation de bon gestionnaire et de bon communicant, si bien qu’au départ de l’ancien patron, Karim Ghellab, on lui confie l’intérim du poste, avant de le nommer officiellement directeur général de l’ONCF, en 2004.
« M6 » lui fait confiance
Son credo : rendre le réseau pérenne économiquement en augmentant le trafic. Pour cela, il améliore considérablement la maintenance, optimise le réseau existant, rénove 40 gares et lance la construction de deux nouveaux tronçons, l’un de 117 km vers Nador, l’autre vers le port de Tanger Med. Résultat : de 15 millions en 2005, le nombre de passagers est passé à 30 millions aujourd’hui.
Ce succès lui vaut un soutien financier sans faille de l’État : plus de 3 milliards d’euros lui ont été accordés pour le plan quinquennal 2010-2015. Une jolie enveloppe qui lui permettra notamment de lancer son « bébé », ce fameux TGV qui doit mettre Casablanca a seulement deux heures et dix minutes de Tanger et qu’il promeut sans relâche. « En 2015, le Marocain moyen prendra le TGV », promet-il. Avantage non négligeable, Mohamed Khlie bénéficie de la confiance de Mohammed VI, ardent défenseur du TGV, mais aussi de son ancien patron Karim Ghellab, aujourd’hui ministre des Transports.
En dehors de l’ONCF, Mohamed Khlie déploie son énergie à relancer l’association des ingénieurs de l’école Mohammadia. Amateur de la Liga espagnole, il ne dédaigne pas chausser les crampons. « Il apprécie aussi la poésie arabe », indique son ami et condisciple d’école Abdelouahed Jambari. Une passion qui devrait l’aider à se ressourcer devant les obstacles qui ne manqueront pas de surgir sur le chemin de la grande vitesse. Seul le terrassement des voies a pour le moment débuté. Mohamed Khlie devra se montrer intraitable sur la qualité, les coûts et les délais
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Abdelaziz Rabbah : "La laïcité ? Ca se discute !"

8/20/2009

Esprit clair, bon orateur, maniant l’humour à l’occasion, l’une des étoiles montantes du parti islamiste marocain fait preuve d’un pragmatisme à toute épreuve en plaidant pour une « démocratie musulmane ».


Abdelaziz Rabbah, 47 ans, maire de Kenitra, est l’une des étoiles montantes du Parti de la justice et du développement (PJD). Né à Sidi Kacem, il grandit dans une famille de la bourgeoisie moyenne. Ingénieur informaticien en 1985, il obtient son master en 1992 à l’Université Laval au Québec. Rentré au pays, il fait partie de plusieurs cabinets ministériels avant de rejoindre, en 2004, l’équipe du Premier ministre Driss Jettou. Parallèlement, Rabbah anime la Jeunesse du parti et siège au Parlement depuis 2007. Marié en 1987, il est père de trois filles. Esprit clair, bon orateur, maniant l’humour à l’occasion, il fait preuve d’un pragmatisme à toute épreuve en plaidant pour une « démocratie musulmane » qui ne serait pas éloignée de la démocratie chrétienne en Europe.

Jeune Afrique : Que retenez-vous des élections locales du 12 juin ?

Abdelaziz Rabbah : Le PJD est devenu incontournable. Il est le premier parti en suffrages dans les villes, et l’on ne peut plus imaginer la gestion des cités sans lui.

Quelles mairies contrôlez-vous ?

Tétouan, Larache, Ksar El Kebir, Chefchaouen, Ouedzem, Kasbat Tadla… sans oublier Kenitra. Nous sommes présents dans la gestion de Rabat, Salé, Marrakech, Casablanca. Nous devions participer à la mairie d’Oujda, Meknès ou Tanger, mais des alliances hostiles nous en ont empêchés.

Vous, vous étiez prêts à vous allier avec tous les partis ?

C’est vrai. Le pragmatisme a commandé nos alliances. Nous avons tenu compte des considérations locales pour le choix de nos partenaires, avec une préférence, quand c’est possible, pour l’USFP [Union socialiste des forces populaires, NDLR] et l’Istiqlal. Grâce à quoi, les socialistes dirigent Rabat et Agadir. En contrepartie, nous avons obtenu Tétouan et Larache. De son côté, l’Istiqlal dirige Safi, et nous, en retour, Kenitra.

Qu’en est-il des relations avec le PAM (Parti authenticité et modernité) ?

Nous avons contribué à l’élection de sa candidate, Fatima Zahra Mansouri, à Marrakech avant qu’elle ne soit invalidée. Mais ce rapprochement reste exceptionnel, car il s’est acharné à nous combattre partout ailleurs, à Rabat, Casablanca, Salé, Tanger, Oujda…

Que s’est-il passé exactement à Oujda ?

Après le scrutin, le PJD a réussi à constituer une majorité, notamment avec le MP [Mouvement populaire, NDLR], et était en mesure de conquérir la mairie. Mais tout a été fait pour lui barrer la route. Finalement, une nouvelle coalition autour de l’Istiqlal a abouti à l’élection d’Omar Hjira.

Que s’est-il passé dans ce qu’on a appelé l’affaire Aftati ?

Abdelaziz Aftati est député PJD à Oujda. Après le report intempestif de l’élection du maire où notre candidat était donné gagnant, des manifestations ont eu lieu. Au cours des échauffourées avec la police, l’un des nôtres, Me Noureddine Boubker, a été victime d’un traumatisme crânien. Comme il a également la nationalité française, le député s’est adressé à l’ambassadeur de France pour qu’il y soit soigné. À Rabat, la réaction a été très vive et l’on a dénoncé ce qui a été considéré comme un appel à l’ingérence étrangère. Je m’empresse de préciser que notre ami, sous le coup de l’émotion, a commis une erreur. Nous l’avons aussitôt révoqué des instances dirigeantes.

À l’issue du procès d’Abdelkader Belliraj, le chef du réseau terroriste, l’un de vos responsables a été condamné à vingt ans de réclusion…

Cette affaire a été politisée à outrance, mais je respecte la justice de mon pays.

Diriez-vous que le PAM est votre principal adversaire ?

Nos rapports sont conflictuels et, chaque fois que nous avons essayé de les apaiser, nous avons suscité un redoublement d’hostilité. Mais, en politique, il n’y a pas d’adversaire éternel. Et ce conflit ne sert en rien l’intérêt du pays.

Comment expliquez-vous cette « hostilité » du PAM ?

C’est sa vocation et sa raison d’être. Fouad Ali El Himma a combattu le PJD de l’intérieur de l’État et il poursuit le même objectif de l’extérieur depuis qu’il a quitté le gouvernement, avec le soutien de fonctionnaires qui agissent à titre personnel.

On a observé, lors de ces élections, que le ministère de l’Intérieur s’impose une neutralité méritoire…

C’est vrai qu’il essaie de ne plus interférer dans le vote pour devenir une instance d’arbitrage, mais il n’a pas totalement soldé l’héritage du passé.

Que pensez-vous du ministre Chakib Benmoussa ?

Il fait de son mieux. Mais il y a des logiques dont il n’est pas maître.

Vous mettez l’accent sur la marocanité (Tamaghrabit) en soulignant la spécificité de l’« islam marocain différent de l’islam algérien ou de l’islam égyptien ». Pourquoi ?

Je ne fais que rappeler une vérité d’évidence. Les fondements de l’islam sont les mêmes partout, mais leur application réelle a changé selon les contrées et les époques. Or, depuis des siècles, les Marocains ont vécu leur islam de façon particulière...

Mais pourquoi éprouvez-vous le besoin de le clamer ?

D’abord par fierté. Ensuite pour rappeler le rayonnement de l’islam marocain, qui a répandu le message du Prophète jusqu’au Nigeria.

Aucune arrière-pensée politique ?

Le programme du PJD concerne le Maroc et le Maroc seul. Et il ne peut pas en être autrement, ne serait-ce que parce que nous vivons sous une monarchie séculaire avec ses contraintes et ses défis, et qui n’existe nulle part ailleurs.

Ne cherchez-vous pas à vous éloigner des Frères musulmans, matrice de l’islamisme dans le monde arabe ?

C’est vrai que les Frères ont inspiré différents mouvements islamistes en Tunisie, en Jordanie, en Palestine, au Soudan… et aussi au Maroc. Mais nous avons pris nos distances dans les années 1980. En Égypte, les Frères entretiennent des relations conflictuelles avec le pouvoir que nous n’avons aucune raison de prolonger au Maroc.

Quelles sont vos alliances à l’extérieur ?

Ce sont des rapprochements plutôt. Nous nous sentons proches des partis démocratiques tels que l’AKP en Turquie ou le Parti islamique de Malaisie ou encore des réformateurs en Iran…

Quel était votre favori en Iran ?

Mir Hossein Moussavi.

Avez-vous un modèle ?

Non, pas vraiment. Différentes expériences méritent d’être étudiées. Nous, nous tenons à établir une distinction stricte entre la politique et la Daawa, la prédication religieuse. L’action politique n’a rien de sacré, elle est œuvre humaine, mais c’est elle qui donne son sens à la foi. Un hadith dit : « La foi est dans le cœur et se vérifie par l’action. »

Que pensez-vous de la laïcité ?

Ça se discute ! Le monde politique ne se réduit pas à un débat entre croyants et non-croyants, entre pratiquants et non-pratiquants. Il s’agit d’une lutte entre deux conceptions de la société, en gros des conservateurs et des progressistes, et on peut trouver dans les deux camps des partis qui se réclament de l’islam. Quand je dénonce la corruption, je fais de la politique et rien que de la politique, tout en m’inspirant des idées islamiques.


Peut-on parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne en Europe ?

Dans les années 1980, on avait tendance à opposer démocratie et islam. Les esprits ont évolué depuis. Les principes démocratiques sont universels – multipartisme, liberté d’expression, contrôle du pouvoir, alternance… – et ne se discutent pas. Nous y adhérons sans hésitation.

Où vous situez-vous sur l’échiquier politique ?

Nous sommes en plein débat là-dessus. Mon opinion est que nous sommes proches de l’USFP dès lors que les « éradicateurs » au sein de celle-ci marquent un recul. Nous souhaitons que le RNI [Rassemblement national des indépendants, NDLR] se développe en tant que parti libéral. S’agissant de l’Istiqlal et du Mouvement populaire, nous pouvons avoir avec eux des relations fructueuses, mais nous aimerions qu’ils soient plus exigeants sur le choix de leurs candidats.

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