Affichage des articles dont le libellé est Le Temps. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le Temps. Afficher tous les articles

AU MAROC PORT-LYAUTEY ( Le Temps 1932)

5/26/2012

Kénitra est l'exemple le plus achevé de ces villes dont parle Descartes et qu'un ingénieur trace à sa fantaisie dans une vaste plaine. Quand le maréchal Lyautey, avec l'instinct de divination qu'on lui connaît, décréta que là et non ailleurs s'élèverait une ville, Il n'y avait à cet endroit qu'une kasbah et un gue sur l'oued Sebou. Aujourd'hui Kénitra compte 19,000 habitants, dont 6,000 Européens. Quoi d'étonnant que les habitants demandent à appeler leur cité Port-Lyau- tey ? 'Pourquoi cet endroit et non un autre ? La présence de l'oued Sebou, le véritable fleuve du Maroc, celui dont le cours a été suivi par les invasions et que Pline appelle amnis magnificus. Le général Balbo ne s'y trompa point quand il vint s'y poser avec ses quatorze hydravions italiens, indiquant par là aux Français, qui en doutaient encore, l'importance de ce lieu, base des hydravions entre la Méditerranée et l'Atlantique, port fluvial à l'abri de la barre, assez proche de l'Océan pour servir d'escale, assez éloigné pour abriter des débarquements de troupes, de matériel que guetteraient les corsaires du large, assez profond pour être remonté par des bateaux d'environ 5,000 tonnes. Aussi la géographie humaine, qui est une manière de déterminisme physique, a-t-elle décidé là, et non ailleurs, la création d'un port, d'un camp d'aviation de 460 hectares, bien abrité dans la boucle du Sebou, d'une ville moderne, conclusion nécessaire d'intérêts variés. Car ce qui fait de l'urbanisme un art admirable, c'est qu'il cherche à établir une équation entre les ressources d'un pays et son expression monumentale. J'imagine volontiers que si l'on voulait ménager une transition aux Français qui veulent s'installer au Maroc, il serait bon de leur conseiller un stage à Kènitra. Il y a la en effet un ensemble .d'analogies qui peuvent faciliter l'acclimatation.. Je ne sais si la première de toutes, celle qui me paraît être la première, sera bien sensible à: ceux qui de France viennent, au Maroc pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la discipline classique. Je veux parler du plan de la ville, qui relève en effet du goût qu'avaient les Français d'autrefois pour la clarté. Il faut sans doute avoir beaucoup médité sur l'esthétique, qui à mon avis se confond souvent avec l'éthique, pour être sensible à la séduction intelligente d'un dessein où la dépendance des parties entre elles apparaît à première lecture. Que l'on consente cependant à regarder ce damier qui, d'un côté, s'appuie à l'oued Sebou et d'autre part, à la forêt de chêneslièges que longe le chemin de fer. Il s'intercale entre l'ancienne et la nouvelle ville indigène, dont la sépare, ô prudence ! un camp militaire, voisin de la kasbah qui était le réduit de la ville
indigène comme le camp militaire. est celui de la ville européenne. Un grand axe, perpendiculaire au fleuve, coupe à angle. droit un axe transversal, dessinant avec lui une croix latine. Il va de la place de France, que meuble l'hôtel du Contrôle de la région, au nouvel hôtel de ville, qui abrite les services municipaux. Le premier est conçu dans ce style pseudo-marocain qui à lui seul révèle toute une époque de l'occupation française. Le second, avec sa façade divisée par des pilastres et reposant sur un soubassement do marbres gris et de marbres rosés, indique un goût dé- pouillé de vaines réminiscences. Je regrette seu- lement qu'il masque la vue sur l'eau et sur les navires. Mais ce reproche, on pourrait l'adresser à tous les docks. Ici on respire l'air d'une bourgade, en Provence. J'y verrais sans surprise des bastides et des mas, avec des toits à faible pente, couverts non de tui les vertes, mais de tuiles roses, comme en Comtat-Venaissin. Au Sortir de la ville, on entre dans la forêt de mimosas et de chênes lièges. Dans les clairières on a installé l'hippodrome, dont la ligne droite, assure avec fierté 'M. Murati, le chef des services municipaux, est plus longue que celle de Longchamp, un stade, des tennis, des terrains de jeux pour enfants et, plus haut, à l'emplacement le plus salubre, un hôpital dont l'architecture sensible est due à l'artiste qui a construit l'hôtel de ville, M. Lescure. Le hall central s'éclaire ingénieusement la clarté du jour, tombant de côté sur le sol pavé d'un granité gris à bordure bleue, s'y reflète et bleuit l'atmosphère, faisant un ef- fet analogue à celui du dôme des Invalides. Do la loggia on découvre, par-dessus les chênes, la mosquée nouvellement bâtie par les mallems musulmans, son fin minaret et, au loin, la descente du fleuve entre les collines. Que le spectacle en quelque sorte cartésien d'une ville qui s'organise selon les exigences
occidentales ne nous fasse pas négliger les tableaux achevés depuis longtemps par la nature et par les hommes. Quelle que soit la divination du fondateur d'une ville, il a été précédé en ses inten- tions les plus secrètes et se borne à suivre les indications données par d'autres, mais que seul il a su méditer. La même science de
la géographie humaine ou, si l'on préfère, le même goût pour le système de conjectures qu'on appelle ainsi, rapproche et apparente ces conquérants, quels que soient leur race, leur âge, leur époque. Ce qui apparaît assez confusément dans les cités en de- venir, parce que bien peu d'hommes, en effet, savent discerner sur un plan cette beauté froide, ce siGcum lumen dont parle Bacon, après Heraclite, se manifeste avec un lyrisme plus facile sur les vieilles murailles dont le blanc est onctueux à force d'avoir reçu des couches de chaux successi- ves. Eloignons-nous donc de Kénitra, pour avoir le recul nécessaire à bien lire sa destinée, et montons vers la forteresse qui! domine L'entrée de l'oued Sebou dans l'Océan. Sa situation, assez théâtrale, nous aidera à mieux comprendre quelle fatalité pousse les hommes aux mêmes rivages. Quelques centaines de mètres suffisent à masser la ville nouvelle entre sa forêt et son fleuve. Tandis qu'elle rassemble en une seule coulée blanche ses constructions éparpillées, le paysage où elle s'est implantée développe son immensité. Le fleuve, domestiqué entre deux quais, reprend son libre cours à travers une plaine dénudée, d'un ton beige clair, sur laquelle un nuage, le seul petit nuage dé cette pure journée d'hiver, pro- mène une ombre mauve, subtile, fuyante, insai- sissable. L'oued Sebou décrit un vaste coude dont un cargo, naviguant avec lenteur, nous rend sen- sible l'amplitude. Ce navire solitaire, au milieu de cette étendue, a vraiment quelque chose de saisissant. Un pli de terrain ayant soudain masqué l'eau qui le porte, il a l'air d'être échoué dans un sillon des terres arides, comme une charrue aban- donnée. ,Les murailles de la forteresse, vers laquelle nous grimpons, furent construites, probablement par les Portugais, avec cette pierre jaune, d'un grain rugueux, qu'on trouve sur le littoral de l'At lantique, surtout à Salé. Le petit appareil des Arabes ou des Berbères, noyé dans dé la chaux, n'a pas cette fermeté d'accent. La porte d'entrée est appareillée en blocs de cette pierre. Sur l'entable- ment on lit une inscription. Mais la mer, dans l'ouverture du plein cintre, nous éblouit. D'être ainsi encadrée, ainsi qu'un large pan de zéliges bleus, elle prend un aspect précieux. Pour un peu nous crierions comme les Grecs de la retraite .des Dix Mille « Thalassa, thalassa » Un coin de la muraille s'enfonce comme un quai dans cette eau. La porte franchie, il semble qu'en effet nous tenions la clef du pays. La vérité de la nature nous frappe au visage. Tout s'explique, tout s'enchaîne: et le système de fortification dont cette porte fait partie, et la pente de la colline qui justifie la for- tification, et l'angle de vue qui de ce sommet en- ferme, comme entre les branches d'un compas, l'Océan, l'embouchure du fleuve. Leur prise de contact ne va pas sans heurt l'oued Sebou, si calme; la mer, si violente, enrou- lant sans arrêt les bigoudis argentés de sa perruque bleue. II faut que deux jetées accompagnent l'oued et persuadent à la mer, avec une douce vio- lence, de l'accepter. Le cargo que nous avions dépassé tout à l'heure s'engage dans la passe et s'attache à suivre, sans dévier d'un pouce, un petit remorqueur qui lui indique !e chemin. Et quand il l'a conduit au point d'où partent les routes abstraites de la mer, il pi- vote sur lui-même pour revenir au port, cependant que le navire commence à se diriger vers une destinée qui n'existe que dans les calculs. Ce grand départ et ce faux départ, exécutés de compagnie, n'est-ce pas le contraste entre le voyageur et le sédentaire, entre les voies secrètes et les chemins tracés ?

Le Temps (Paris. 1861)
1932/04/03 (Numéro 25788)
Continue Reading | commentaires

LES INONDATIONS AU MAROC 1928

5/25/2012

1928/01/16 (Numéro 24257).
Un Correspondant nous écrit de Rabat :
Les inondations ont désolé la partie la plus riche du Maroc, celle où la colonisation euro- péenne avait fait les plus gros efforts. La riche plaine du Gharb, notamment, a été saccagée par les eaux. J'ail pu, en suivant le résident général dans ses déplacements, me rendre compte de la gravité de 'la catastrophe. Elle est au-dessus de ce qu'on peut imaginer, M. Steeg, dans ces jours d'épreuves, s'est vaillamment dépensé, se hasar- dant dans dés régitons où la circulation était difficile, empruntant des ponts de fortune établis à grand' peine, que les eaux emportaient à nouveau quelques heures après. Ce voyage lui a permis de Voir sur place les besoins des populations et «de donner immédiatement les ordres' d'exécution nécessaires. Grâce, à son action personnelle, a pu obtenir de tous ses sérvices.le rendement maximum, coordonner leurs efforts, et, de cela, la population entière du Maroc lui sait gré.
Le 28, décembre, au point du jour, il quitte Rabat. En pleine forêt,de Mamora, un orage de grêle éclate. La route devient glissante. Les autos dérapent. On atteint Kenitra. Le spectacle devient grandiose et angoissant. Le Sebou a débordé; ses eaux limoneuses s'étalent dans la plaine entière. Le résident, malgré les objurgations de M. Becmeur, le chef de la région, qui lui demande de suspendre son voyage, veut atteindre la plaine du Gharb. Quelques kilomètres après avoir quitté Kenitra, à la bifurcation des routes qui mènent, t~ l'une à El-Tletin, l'autre à Petitjean, il doit, avec sa suite, quitter les autos de tourisme qui' les ont amenés jusque-là, pour emprunter des camions automobiles. La route est recouverte de plus de 50 centimètres d'eau. Il faut des moyens de transport au plancher surélevé.
Source :
Le Temps (Paris. 1861)
1928/01/16 (Numéro 24257).
Continue Reading | commentaires

Les travaux des ports de Méhedya-Kénitra et.de Rabat-Salé

5/14/1971

Titre : Le Temps
Vendredi 3 Juillet 1931 N°60

D'après ie rapport du conseil d'administration de la Société des ports marocains, communiqué à l'assemblée qui vient de se tenir, les travaux destinés à améliorer les accès des ports de Kénitra

L'allongement de la jetée sud de Méuédya a été commencée et va se poursuivre en 1931; il sera suivi de l'allongement de la jetée nord. Les dragages d'approfondissement, des chenaux et rescindement des rives ont été continué. ainsi que la construction des digues et épis destinés a rectifier les rives et. à améliorer le jeu des courants dans les deux fleuves. '̃
A la fin de 1930, dans l'oued Sebou. ont été commencés des travaux de érochage qui comporteront au total l'enlèvement de 187,000 m3 de bancs rocheux qui entravent l'amélioration des chemins navigables. Tous ces travaux se oursuivent.
en 1931.
A Kénitra, ont eu lieu la mise en chantier d'un nouveau quai de 227. mètres de longueur, l'achèvement de la construction d'un magasin à marchandises et d'un magasin pour les approvisionnements de la société; à Rabat, lia mise en chantier d'un nouveau quai de 220 mètres de longueur, l'extension et l'aménagement de terre-pleins.
Enfin, il faut citer les projets suivants pour les quels les études sont en cours :construction d'un quai de 120 mètres de longueur en eau profonde à l’avant-port de Méhédya; construction a Kénitra d'un nouveau quai de 120 mètres de longueur spécialement destiné â la manutention des charbons: construction à Kénitra d'un silo à graids pour l'embarquement des céréales.



Continue Reading | commentaires

Les comptes de l'exercice 1931:SOCIETE DES PORTS MAROCAINS DE MEHEDYA-KENITRA ET RABAT-SALE

5/10/1971


 Le Temps
Lundi 5 septembre 1932
72eme année
N°25942
Les comptes de l'exercice 1931, qui ont été approuvés par l'assemblée du 16 juin, font ressortir un bénéfice net de 3,345,337 francs, contre 3,305,953 francs en 1930 et, compte tenu du report antérieur, un solde disponible de 3,479,855 francs contre 3,395,317 francs.
Le dividende a été fixé à 45 francs par actionde capital et à 15 francs par action de jouissance.
Ila été consacré 600,000 francs à la provision pour risques divers et porté un million au fonds
de prévoyance.
Le rapport du conseil fournit sur l'activité de la société au cours de l'exercice écoulé les renseignements suivants
« Exploitation des ports. Nous avons eu la « satisfaction d'enregistrer une très forte augmentation du trafic de Kénitra. Le tonnage des marchandises manipulées dans ce port au cours de l'année dernière a été en effet supérieur de 33 0/0 à celui de 1930.
» A Rabat également, le tonnage des marchandises manipulées en 1931 est supérieur à celui de 1930, mais de 5 0/0 seulement.
«Dans l'ensemble, le trafic des deux ports, eu 1931, dépasse de 26 0/0 celui de 1930, constatation particulièrement ;encourageante dans les circonstances- économiques actuelles;» Les chiffres ci-après montrent les variations de trafic depuis 1927 


En 1927 Kénitra :191.283 –Rabat: 57.128
En 1928 Kénitra :216.634 –Rabat: 75.121
En 1929 Kénitra :297.863 –Rabat: 102.900
En 1930 Kénitra :286.934 –Rabat: 92.535
En 1931 Kénitra :382.904 –Rabat: 97.111

» Il convient de signaler que l'exportation a bénéficié l'année dernière du très bon rendement de la récolte de céréales. Toutefois, la progression enregistrée dans le trafic confirme définitivement l'importance de nos ports, et spécialement de Kénitra, dans le commerce maritime du Maroc.
» Travaux d'aménagement des deux ports. Notre société a poursuivi les travaux destinés à
améliorer les accès des ports de Kénitra et Rabat.
» L'allongement de la jetée sud de Méhédya,qui avait été repris en 1930, a été poursuivi en
1931. Il va être suivi maintenant do rallongement de la jetée nord.
» Nous avons continué les travaux de dérochage destinés à supprimer les bancs rocheux qui
entravent l'amélioration du chenal entre Kénitra et la mer.
» Nous avons poursuivi dans l'ôued Sebou la construction des digues et épis destinés à rec-
tifier progressivement les rives du fleuve et à améliorer le jeu des courants.
» Nous avons procédé au cours de l'été 1931 à l'enlèvement de l'épave d'un navire coulé à Méhédya en 1919.
» Cette épave, qui contribuait à fixer dans l'estuaire une importante masse de sable, s'opposait à l'élargissement du chenal et au libre jeu des courants dont dépend dans une large mesure le maintien de bonnes profondeurs dans le fleuve.
» Les dragages d'approfondissement des chenaux se sont bornés, cette année, à enlèvement de 156,000 mètres cubes dans l'oued Sebou et 128,000 mètres cubes dans l'oued Bou-Regreg.
» Les travaux de votre société en 1931 ont été particulièrement actifs en ce qui concerne les
aménagements intérieurs des ports de Kénitra et Rabat.
» A Kénitra. La construction du quai de 227 mètres mise en chantier en 1931 s'est poursuivie
et nous avons en outre prolongé cet ouvrage de 73 mètres. Ces 300 mètres de quais nouveaux seront achevés et mis en service en 1932.
» Nous avons agrandi l'appontement réservé aux pétroliers pour permettre la pose de pipe-lines supplémentaires pour les nouveaux importateurs installés immédiatement à l'amont de Kénitra.
» Nous avons mis en chantier la construction d'un silo à grains de 60,000 quintaux pour la réception et l'embarquement des céréales à exporter.
» Nous avons, en outre, procédé à divers aménagements de terre-pleins, voies 'ferrées et voies charretières.
» A Rabat. Nous avons continué la construction du nouveau quai de 220 mètres de longueur
et du terre-plein dit terre-plein de la Tour-Hassan qui seront mis en service en 1932.
» Notre société a fait construire un remorqueur de 225 CV. qui lui a été livré en 1931 et qui donne pleine satisfaction.

» Le montage des grues .électriques destinées à équiper les nouveaux quais a été achevé au début de 1932. »
Continue Reading | commentaires

Sports

Économie

Societe

Evénement